Tenir bon, tenir tête

Ce texte est pour moi, une nécessité de témoigner. Rien de bien nouveau et pas de leçons en adresse. Je choisis de poser ce texte pour ré-affirmer mon engagement, tout en espérant un élan collectif des artistes et compagnies ; et ainsi faire pression sur les politiques culturelles.

Au sein de la compagnie Éponyme, je mène une réflexion sur les temps de production et diffusion, le développement et la durabilité des projets, dans une approche cohérente avec les évolutions sociétales contemporaines. Je ressens la nécessité de mettre à l’oeuvre les questions de représentativités de la danse et d’examiner la pertinence de la sur-production des créations. Avec mon équipe, je souhaite travailler en privilégiant le temps long des créations en les accompagnant d’actions culturelles singulières. 

Ici et ailleurs, je prends part à plusieurs initiatives relatives à la danse. Après mon implication à l’échelle nationale dans “Edition Spéciale” au CND – Pantin, je participe à un nouveau collectif créé en région Centre Val de Loire avec les compagnies et les deux CCN de la région. De plus, j’ai initié un collectif de chorégraphes à l’échelle du département de l’Aveyron en Occitanie. 

Le constat est en tout lieu, le même.

La danse souffre d’aides à la création restreintes et elle n’est pas assez diffusée. Si la problématique générale n’est pas une spécificité de la danse, elle est aggravée notamment du fait que sa très faible diffusion contribue à une forme de méconnaissance et à un manque de culture chorégraphique. De plus, les financements croisés dont nous bénéficions sont trop souvent axés sur le versant production de nos activités, et non sur le développement, la recherche, la diffusion ou la présence artistique sur un territoire, entres autres. 

Lorsque est valorisée principalement la création, quelle place est donnée aux reprises, au soutien aux compagnies, au travail de territoire, aux résidences d’écritures et de recherches, aux temps longs ?

Face au constat qu’un déséquilibre persiste entre le nombre de spectacles chorégraphiques créés chaque année et les issues proposés par les structures notamment de diffusion : 

  • Je choisis de poursuivre les résidences de recherche et d’écriture en amont des résidences de création mises en place dès 2019, 
  • Je choisis de développer mes créations existantes en proposant des formes légères et modulables. Ainsi une adaptation de la création 2020 Syndrome de la vie en rose pour 2 danseuses SyndromeExtension est en train de prendre forme, 
  • Je choisis de réfléchir à l’autonomie (espace, technique, temporelle, etc),  
  • Je choisis donc la qualité des relations plutôt que la quantité et ce, avec tous les interlocuteurs internes et externes à la compagnie,
  • Je choisis les relations de confiance, de co-accompagnement, de dialogue plutôt que les relations hiérarchisées,
  • Je choisis de repenser les modalités de relations aux programmateurs, institutions, acteurs culturels, 
  • Je choisis de ralentir la sur-production chorégraphique, 
  • Je choisis la coopération plutôt que la concurrence, 
  • Je choisis de fabriquer plutôt que produire au milieu de la profusion, 
  • Je choisis de ne pas utiliser les mots et les images pour vérifier que ce je vaux sur le marché de l’opinion (merci Lola Lafon) 

Tenir tête, tenir bon. 
Je nous souhaite de vivre ce qui ne demande qu’à surgir.
Je nous souhaite ce que nous voulons    vraiment,      au fond. 


Karine Vayssettes,
Chorégraphe de la compagnie Éponyme
Janvier 2024